Finances 28 février 2026

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Comment calculer la rentabilité de chaque projet freelance

Votre TJM affiché ne reflète pas votre TJM réel. Voici la méthode pour savoir précisément combien vous gagnez sur chaque mission -- et comment améliorer vos marges.

TF
Par Tristan Ferry ·

Demandez à un freelance combien il gagne par jour, il vous donnera son TJM. Demandez-lui combien il gagne réellement sur son dernier projet, et il y a de fortes chances qu'il ne sache pas répondre. C'est un angle mort dangereux : sans connaissance précise de la rentabilité de chaque projet, un freelance ne peut pas prendre de bonnes décisions tarifaires.

Calculer la rentabilité d'un projet n'est pas un exercice comptable abstrait. C'est un outil de pilotage concret qui vous permet de savoir quels clients sont rentables, quels types de missions sont les plus profitables et où vous perdez de l'argent sans le savoir. Cet article vous donne la méthode complète, avec des exemples chiffrés.

TJM affiché vs. TJM effectif : la distinction fondamentale

Votre TJM affiché est le tarif que vous communiquez à vos clients ou que vous indiquez sur les plateformes. C'est un prix catalogue. Votre TJM effectif est ce que vous gagnez réellement par jour de travail sur un projet donné. La différence entre les deux est souvent considérable.

Exemple concret :

Vous êtes développeur freelance avec un TJM affiché de 500 euros. Un client vous confie un projet au forfait pour 5 000 euros. Vous estimez le projet à 10 jours de travail. En théorie, votre TJM effectif est de 500 euros. Parfait.

En réalité, voici ce qui se passe :

  • Phase de cadrage et réunions de lancement : 1,5 jour
  • Production : 8 jours (et non 7, car le périmètre a légèrement évolué)
  • Corrections après retour client (3 allers-retours au lieu de 2 prévus) : 2 jours
  • Réunions de suivi et échanges emails : 1 jour
  • Gestion administrative (devis, facture, relance) : 0,5 jour

Total réel : 13 jours. Votre TJM effectif n'est pas de 500 euros mais de 385 euros (5 000 / 13). Soit une perte de 23 % par rapport à votre tarif annoncé.

Ce scénario n'a rien d'exceptionnel. C'est le quotidien de la majorité des freelances qui facturent au forfait sans tracker précisément leur temps.

La formule de rentabilité d'un projet

La rentabilité d'un projet se calcule en trois indicateurs complémentaires.

1. Le TJM effectif

TJM effectif = Montant facturé / Nombre de jours réellement travaillés

C'est l'indicateur le plus simple et le plus parlant. Il vous dit combien vous avez gagné par jour de travail sur ce projet spécifique. Comparez-le à votre TJM cible pour savoir si le projet est dans la norme ou en dessous.

2. La marge nette du projet

Marge nette = Montant facturé - (Coût journalier x Jours travaillés) - Frais directs

Le coût journalier inclut vos charges sociales, votre quote-part d'impôt sur le revenu, vos frais fixes (loyer coworking, outils, assurance) ramenés à la journée. Les frais directs sont les dépenses spécifiques au projet : achat d'un plugin, sous-traitance, déplacement chez le client.

3. Le taux de marge

Taux de marge = (Marge nette / Montant facturé) x 100

Un taux de marge sain pour un freelance se situe généralement entre 30 % et 50 % après déduction de toutes les charges. En dessous de 20 %, le projet est peu rentable. Au-dessus de 50 %, vous êtes dans une zone confortable.

Calculer son coût journalier réel

Pour mesurer la rentabilité d'un projet, il faut connaître votre coût journalier. Beaucoup de freelances ne le calculent jamais, ce qui les empêche de savoir si un projet est réellement profitable.

La méthode de calcul :

Prenons l'exemple d'un freelance en micro-entreprise (BNC) avec un chiffre d'affaires annuel de 60 000 euros.

  • Cotisations sociales (21,1 %) : 12 660 euros
  • Impôt sur le revenu (estimé après abattement de 34 %) : environ 4 500 euros
  • CFE : 500 euros
  • Outils et abonnements : 1 800 euros/an (150 euros/mois)
  • Assurance RC Pro : 400 euros
  • Mutuelle : 1 200 euros
  • Divers (coworking occasionnel, déplacements) : 1 500 euros

Total des charges annuelles : 22 560 euros.

En considérant 218 jours ouvrés par an (après congés, jours fériés et jours non facturables), et un taux d'occupation réaliste de 75 % (soit 164 jours effectivement facturés), votre coût journalier est de :

22 560 / 164 = 137,56 euros par jour facturable

Cela signifie que pour chaque jour que vous facturez, 137,56 euros partent en charges avant même que vous ne touchiez un centime de revenu net. Si votre TJM effectif sur un projet est de 350 euros, votre revenu net par jour est de 212,44 euros. Si votre TJM effectif tombe à 250 euros, il ne vous reste que 112,44 euros par jour.

Exemple complet : deux projets, deux rentabilités

Comparons deux projets réalisés par le même freelance (TJM affiché : 450 euros, coût journalier : 138 euros).

Projet A : refonte d'un site e-commerce

  • Montant facturé : 9 000 euros (devis de 20 jours à 450 euros)
  • Temps réellement passé : 24 jours (cadrage 2j, production 16j, corrections 4j, réunions 2j)
  • Frais directs : 200 euros (plugin premium)
  • TJM effectif : 9 000 / 24 = 375 euros
  • Marge nette : 9 000 - (138 x 24) - 200 = 9 000 - 3 312 - 200 = 5 488 euros
  • Taux de marge : 5 488 / 9 000 = 61 %

Projet B : application mobile sur mesure

  • Montant facturé : 6 750 euros (devis de 15 jours à 450 euros)
  • Temps réellement passé : 28 jours (cadrage 3j, production 15j, corrections 7j, réunions 3j)
  • Frais directs : 150 euros (compte développeur Apple)
  • TJM effectif : 6 750 / 28 = 241 euros
  • Marge nette : 6 750 - (138 x 28) - 150 = 6 750 - 3 864 - 150 = 2 736 euros
  • Taux de marge : 2 736 / 6 750 = 41 %

Le projet A est nettement plus rentable, malgré un montant plus élevé. Le projet B a souffert d'un dépassement massif lié aux corrections (7 jours au lieu de 2 ou 3 prévus). Sans time tracking, ce freelance n'aurait jamais identifié ce problème et aurait continué à accepter des projets similaires aux mêmes conditions.

Suivez la rentabilité de chaque projet en temps réel

Avec le time tracker et le tableau de bord financier d'Oneboard, visualisez votre TJM effectif, vos marges par projet et votre trésorerie au jour le jour.

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Les heures invisibles : ce que vous oubliez de compter

La plupart des freelances sous-estiment le temps passé sur un projet parce qu'ils oublient de compter certaines heures. Voici les postes de temps les plus fréquemment ignorés.

Avant le projet :

  • Appel de découverte et analyse du besoin : 1 à 3 heures
  • Rédaction du devis détaillé : 1 à 2 heures
  • Négociation et allers-retours sur le périmètre : 1 à 3 heures

Pendant le projet :

  • Réunions de suivi (même courtes, elles s'accumulent) : 30 min à 1 h par semaine
  • Echanges emails et messages : 15 à 30 min par jour
  • Recherche et résolution de problèmes techniques imprévus
  • Gestion de projet : planification, priorisation, reporting

Après le projet :

  • Facturation et suivi du paiement : 30 min à 1 heure
  • Relances si le paiement est en retard : 15 min par relance
  • Corrections post-livraison et support : variable, parfois plusieurs heures

En additionnant tous ces postes, il n'est pas rare de trouver 20 à 40 % de temps en plus par rapport au temps de production pure. C'est ce différentiel qui fait la différence entre votre TJM affiché et votre TJM effectif.

Comment améliorer la rentabilité de vos projets

Une fois que vous mesurez la rentabilité de chaque projet, vous pouvez agir pour l'améliorer. Voici les leviers les plus efficaces.

Levier 1 : Mieux estimer vos devis

Utilisez vos données de time tracking pour baser vos estimations sur le réel, pas sur l'optimisme. Si vos 5 derniers projets similaires ont pris en moyenne 15 jours au lieu des 10 estimés, estimez le prochain à 15 jours. Ajoutez ensuite une marge de sécurité de 15 à 20 %.

Levier 2 : Limiter les corrections

Inscrivez dans vos devis et contrats un nombre maximum de corrections incluses (par exemple, 2 allers-retours). Au-delà, chaque correction supplémentaire est facturée au temps passé. Cette clause seule peut transformer la rentabilité de vos projets.

Levier 3 : Facturer le cadrage

La phase de cadrage (audit, analyse du besoin, rédaction des spécifications) est du travail à part entière. Facturez-la séparément ou intégrez-la explicitement dans votre devis. Trop de freelances offrent cette phase gratuitement, ce qui revient à travailler plusieurs jours sans rémunération.

Levier 4 : Identifier et abandonner les projets non rentables

Si un type de projet est systématiquement en dessous de votre seuil de rentabilité, vous avez deux options : augmenter vos prix pour ce type de mission, ou arrêter de les accepter. Parfois, dire non à un projet peu rentable libère du temps pour un projet plus profitable.

Levier 5 : Automatiser l'administratif

Chaque heure passée sur l'administration (facturation, relances, comptabilité) est une heure non facturée. En automatisant ces tâches avec les bons outils, vous récupérez du temps facturable qui améliore directement votre TJM effectif.

Mettre en place un tableau de bord de rentabilité

Pour piloter la rentabilité de votre activité, vous avez besoin d'un tableau de bord qui affiche les indicateurs clés pour chaque projet. Voici les métriques essentielles à suivre.

Par projet :

  • Montant facturé
  • Nombre de jours travaillés (réel vs. estimé)
  • TJM effectif
  • Marge nette
  • Taux de marge
  • Statut du paiement (encaissé, en attente, en retard)

Vue globale mensuelle :

  • Chiffre d'affaires facturé et encaissé
  • TJM effectif moyen (toutes missions confondues)
  • Taux d'occupation (jours facturés / jours ouvrés)
  • Trésorerie disponible après provision des charges

Ce tableau de bord doit être consulté au minimum une fois par semaine. Il permet de détecter les dérives très tôt : si un projet commence à dépasser le temps estimé dès la deuxième semaine, vous pouvez réagir avant qu'il ne devienne déficitaire.

Les erreurs classiques qui faussent le calcul

Même avec une bonne méthode, certaines erreurs reviennent fréquemment.

Erreur 1 : Ne compter que le temps de production

Comme vu plus haut, le temps de cadrage, de réunion, de gestion de projet et d'administration fait partie du temps passé sur le projet. Si vous ne comptez que les heures de production pure, votre TJM effectif sera artificiellement gonflé et ne reflétera pas la réalité.

Erreur 2 : Ignorer le coût de la prospection

Trouver un client coûte du temps. Si vous passez 5 jours à prospecter pour décrocher un projet de 20 jours, votre temps total sur ce projet est de 25 jours, pas 20. Certains freelances intègrent un pourcentage de "coût d'acquisition client" dans leur calcul de rentabilité.

Erreur 3 : Oublier le coût de l'argent immobilisé

Un client qui paie à 60 jours au lieu de 30 immobilise votre trésorerie pendant un mois supplémentaire. Si vous devez emprunter ou puiser dans votre épargne pour couvrir cette période, le coût financier est réel, même s'il est rarement chiffré.

Erreur 4 : Comparer des projets de durées différentes

Un projet à 10 000 euros sur 3 mois n'est pas forcément plus rentable qu'un projet à 3 000 euros sur 1 semaine. Ramenez toujours la comparaison au TJM effectif pour avoir une base commune.

En résumé

La rentabilité d'un projet freelance ne se mesure pas au montant du devis. Elle se mesure au TJM effectif, à la marge nette et au taux de marge. Pour calculer ces indicateurs, vous avez besoin de deux choses : un time tracking rigoureux et une connaissance précise de votre coût journalier.

Les freelances qui pilotent leur rentabilité projet par projet prennent de meilleures décisions : ils estiment mieux leurs devis, ils identifient les missions non rentables, et ils augmentent progressivement leurs tarifs en s'appuyant sur des données concrètes plutôt que sur des intuitions.

Les 3 indicateurs essentiels :

  1. TJM effectif = Montant facturé / Jours réels travaillés
  2. Marge nette = Facturé - (Coût journalier x Jours) - Frais directs
  3. Taux de marge = Marge nette / Montant facturé x 100

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